Sous le titre France’s National Front : Will Marine Le Pen take the reins ?, le quotidien américain Christian Science Monitor s’intéresse à l’avenir du Front National. Une occasion de découvrir comment on juge le FN et ses dirigeants outre-Atlantique.

Le fondateur du FN, Jean-Marie Le Pen, reste silencieux sur qui lui succèdera pour diriger le parti : sa fille, la populiste Marine Le Pen, ou Bruno Gollnisch, son bras droit qui incarne la ligne pure et dure.

Jean-Marie Le Pen, qui dirige le Front National, a pendant longtemps pimenté la vie politique française de ses « bon mots »  extrémistes. Maintenant, c’est sa fille, Marine Le Pen, qui montre qu’elle aussi peut faire la une des médias.

Elle a demandé au président Nicolas Sarkozy de démissionner s’il était impliqué dans un détournement de fonds publics datant de 1995. Elle s’est récemment attaquée à la mixité raciale de l’équipe française de foot-ball en déclarant :  »Je ne me sens nullement représentée par cette équipe de France. »

Et après que, le 15 juin dernier, la police eut interdit un apéro saucisson-pinard qui devait se tenir dans un quartier de Paris à la population majoritairement arabo-musulmane,  Marine Le Pen a déclaré : « L’État français a capitulé une fois de plus. »

La campagne pour la succession bat son plein.

Son importante visibilité médiatique a lieu alors que la campagne pour la succession à la direction du Front National bat son plein. Jean-Marie Le Pen a décidé de prendre sa retraite de défenseur de la fière France envahie, selon ses dires, par des hordes d’immigrés, et menacée par les bureaucrates de Bruxelles et la mondialisation.

Un combat se déroule actuellement pour savoir qui, de Marine Le Pen ou de Bruno Gollnisch – le bras-droit de JMLP -, va lui succéder. L’enjeu de la bataille est l’image et la stratégie de la droite  extrême dont l’influence a toujours été beaucoup plus grande que le nombre de ses membres.

Marine Le Pen, grande, blonde, et intellectuellement brillante, veut sortir le  Front du splendide isolement de ses 5 à 12 % d’électeurs et s’adresser à une opinion publique qui s’est droitisée. Elle ne fait plus référence à l’antisémitisme de son père et n’attaque pas les gays et les féministes, tout en développant une ligne anti-immigrés, antiburqa et anti-islam, qui plaît à la majorité silencieuse.

Bruno Gollnisch, est un enseignant d’allure sérieuse, aux cheveux gris. C’est un ultranationaliste qui parle le japonais et le malais, et qui est avant tout loyal à Jean-Marie Le Pen. Son antisémitisme est intacte : en 2004 une déclaration affirmant que l’Holocauste était un fait qui, historiquement, pouvait se discuter l’a conduit devant les tribunaux.

La plupart des Français estiment que la fille, avec sa touche populiste, va triompher. Mais parmi les membres du parti Gollnisch est vu comme un gardien de la doctrine. Il a récemment déclaré au Figaro : « Je veux défendre l’identité française qui est plus en danger que jamais. »

« Elle est le pur produit de son père et elle porte le nom du chef, cela compte, » dit Arun Kapil de l’Université américaine de  Paris. « Mais pour les adhérents, c’est Gollnisch qui détient la légitimité. »

Il ajoute : « Si Marine gagne, le Front National a une chance de faire un malheur… Si c’est Gollnisch, il sera réduit à des scores proches de 2 %. »

Gollnisch insiste sur le fait qu’il a les capacités de faire progresser le parti. Il se présente lui même comme un provincial. mais, il ne sait pas s’adresser aux électeurs du parti de centre-droit de Nicolas Sarkozy, où sont ceux qu’il faut convaincre.

Sa personnalité fait qu’il concurrence plutôt Philippe de Villiers, un extrémiste qui s’oppose à l’Union européenne, à l’euro, à l’islam et à l’entrée de la Turquie en Europe, qui veut que la police anti-émeute soit autorisée à utiliser des balles réelles, et qui, ce mois-ci, a tenté de faire interdire comme « sataniste » un concert de black-metal.

Marine Le Pen, durant ce temps, prend des électeurs à Sarkozy et est citée par les médias quotidiennement. Pour la gauche socialiste, elle est une sorte de Sarah Palin à la française.

Et le retour en France, cette semaine, de l’équipe de foot-ball, humiliée par ses résultats et dénoncée pour le comportement de ses joueurs en dehors du terrain, a donné aux propos de Marine Le Pen la concernant une justification a posteriori. Nombre de réactions au comportement de l’équipe étant basées sur des considérations raciales et, selon le ministre Fadela Amara, « ouvrant une autoroute au Front National »

Chasse aux sorcières au sein du FN ?

Les partisans de Bruno Gol­l­nisch affirment que Marine Le Pen, qui est à leurs yeux « une marionnette des sionistes », mène une chasse aux sorcières contre eux.   »C’est une coquille vide, compatible avec tout, » déclare l’ex-vice président du FN Jean-Claude Martinez.

Gollnisch est « fidèle aux fondamentaux du Front, dont il a écrit le programme, » dit l’analyste politique Philippe Cohen. « Alors que Marine la divise, Gollnisch dit qu’il est prêt à réunir les forces dispersées de l’extrême droite. »

Jean-Marie Le Pen reste silencieux sur cette guerre interne. Il a pendant longtemps incarné la droite radicale européenne et possédé une capacité à réunir sur son nom le mécontentement populaire. En 2002, il créa un choc en affrontant Jacques Chirac au second tour de la présidentielle. En 2007, les résultats de son parti ont été faibles. Mais Sarkozy gagna les élections en partie en adoptant les positions du Front National et en siphonnant ses électeurs.

Est-ce que sa fille pourra amener son parti au pouvoir ? Ce n’est pas certain. Récemment, dans The New York Times elle faisait part de la difficulté de se nommer Le Pen, mais réaffirmait le cœur de la vue du monde du parti : « Il y a eu un recul de l’identité française car on a supprimé le sens qu’avait le fait d’être citoyen français… Ainsi, de quoi peut-on être fier ? Nous passons notre temps à nous excuser d’avoir été des colonisateurs, des marchands d’esclaves. »

Les Le Pen, quoiqu’il en soit, semblent être fait pour durer sur la scène politique française. Marion Maréchal-Le Pen, la petite fille de JMLP s’est présentée aux élections régionales de mars dernier. Elle n’a que 19 ans.

Article de Robert Marquand, traduit et adapté de l’anglais (américain) par Lionel Placet.

Marine Le Pen dans le « New York Times »

@The New York Times

Le 21 mai 2010, un grand journal américain, The New York Times, a publié une page intégrale au sujet d’un entretien réalisé avec Marine Le Pen, vice présidente du Front National, candidate à la succession de son père, Jean-Marie Le Pen.

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